dimanche 7 septembre 2014

Bienvenue sur le blog !

J'ai tenu ce blog lors d'un voyage en Tunisie réalisé en août 2014 à l'occasion des noces de Mariem et Hamza.

Ce voyage réalisé en dehors des chemins balisés de l'industrie touristique a été l'occasion de nombreuses rencontres passionnantes, dans un pays qui croit encore à la politique, a lancé le printemps arabe et est un des seuls à vivre encore une expérience démocratique.

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Bonne lecture et n'hésitez pas à aller redécouvrir la Tunisie !

dimanche 17 août 2014

Dernière journée à Tunis avec Leïla et Zoubeir avant de reprendre l'avion

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Délicieuse dernière journée avec Leïla et Zoubeir, avec qui nous nous promenons dans la médina de Tunis, en quête d'un restaurant. Finalement tout s'avère fermé ce lundi mais la promenade est très agréable dans la vieille ville coquette, beaucoup plus calme que Sidi bou Saïd.

Nous retrouvons quelques souvenirs d'un voyage plus ancien, mais nous ne nous rappelions pas la médina était aussi belle et sereine.


Finalement nous emmenons nos hôtes déjeuner dans un restaurant donnant sur le port de La Goulette. Encore un moment très agréable avec deux personnes qui savent apparemment prendre la vie du bon côté, sans rien renier de leur engagement dans la cité. Une belle rencontre et un beau voyage très enrichissant.

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samedi 16 août 2014

Une visite archéologique à la tunisienne

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Nous décidons de quitter Ksibat définitivement avec un jour d'avance pour Tunis, où Leïla et Zoubeir ont libéré une pièce de leur somptueuse villa pour nous accueillir la dernière nuit.

En effet Mariem ne s'avère pas disponible comme prévu aujourd'hui. Elle se repose de tous ces événements astreignants, et goûte enfin ses premiers moments d'épouse, c'est bien naturel.

Nous décidons donc de revenir à Tunis en passant par Kairouan et Dougga, l'une des plus belles villes romaines de Tunisie. Cela fait un détour important par les montagnes, mais Google Maps nous a fait une estimation de temps de trajet qui nous met en confiance.

Nous nous arrêtons donc sur le trajet voir à Kairouan la grande mosquée (depuis la terrasse d'une coopérative artisanale, car l'entrée est réservée aux musulmans l'après-midi).


A l'avant plan on voit les tombes d'une unique famille saoudienne. En effet nous apprenons que Kairouan serait la quatrième ville sainte de l'Islam, derrière La Mecque, Médine et Jerusalem.

Pour une fois Anne arrive à décliner les avances des marchands de tapis, qui sans rancune lui avoueront quand même qu'elle est belle comme 30 000 chameaux (pourrais-je finalement espérer un retour sur investissement ?), et nous filons vers les bassins des Aghlabides.


Puis nous visitons le mausolée du compagnon du Prophète. Celui-ci a été tué lors d'un combat contre les Byzantins, et a été enterré sur place. Il portait toujours sur lui des cheveux du Prophète, d'où son surnom de barbier.

Le mausolée est très visité et fréquenté par les croyants sollicitant officieusement son intercession. En effet chaque musulman est censé s'adresser à Allah sans intermédiaire, ce qui explique les destructions de tombeaux de marabouts par les milices armées salafistes, vaguement rigides sur la question.

L'architecture est élégante, parée de zelliges, mais nous serions bien en peine d'y déceler ce qui date du VIIIème siècle. Peut être la salle du tombeau dans laquelle nous n'avons pas le droit de rentrer ?



Puis nous entamons la longue route transversale vers Le Kef et Dougga. L'altitude grimpe lentement dans des paysages au relief assez doux et plus verdoyants.

Il n'y a presque plus personne sur la route, longtemps très bonne. La traversée des montagnes vaut vraiment le coup, mais nous réalisons que Google n'a jamais envoyé de voiture par ici. Le temps s'allonge démesurément.

Sur la fin nous prenons un raccourci sur une route plus étroite, parsemée de trous et parfois interrompue de gués. Nous croisons aussi beaucoup de troupeaux de moutons et de charrettes. Anne a pris le volant il y a une demi-heure pour que je fasse la navigation et elle commence à en avoir assez de cette expédition. Nous savons maintenant que nous arriverons à peu près quand le site fermera.

Pour égayer l'atmosphère, je retrouve une reproduction d'icône roumaine dans mon portefeuille que je fixe sur le rétroviseur central afin de nous porter chance. Je la retire prestement dès que nous croisons du monde en roulant des yeux effrayés, et cela suffit pour égayer mon public.

Mais à 19h les portes du site sont bien fermées quand nous nous pointons devant. Nous décidons de la jouer à la tunisienne et d'appliquer les méthodes enseignées par Zoubeir lors de notre visite de Sidi Bou Saïd. Les femmes partent faire les pleureuses devant le gardien, et le supplient de nous laisser rentrer.

- La caisse est fermée
- Pas grave, ce sera pour vous
- Bon d'accord mais que le théâtre alors
- le Capitole aussi s'il vous plaît, nous avons fait six heures de route et ce soir nous devons encore aller à Tunis, on ne pourra pas revenir !

Finalement il accepte. Il doit nous prendre pour des fous.

Nous rentrons sur le site, qui domine la vallée, dans les dernières lueurs du jour. Quelques petites gouttes annoncent les gros orages qui zébreront la nuit d'éclairs une heure plus tard.

En attendant nous expédions la visite. Malgré ces conditions peu optimales, la vision du Capitole, que nous avons largement eu l'occasion de préparer dans la voiture par des lectures du guide vert à voix haute, est un moment très émouvant, surtout dans le silence et la demi-obscurité. Nous avons l'impression de nous promener dans un tableau d'Hubert Robert, peintre de ruines.


Le Capitole est hautement dressé sur les colonnes monolithes de son portique, presque entièrement préservé.

Nous courrons arpenter le forum, avant de tenter de convaincre notre guide improvisé d'aller jusqu'au mausolée lybico-punique, mais il est un peu trop excentré pour qu'il accepte.

D'ailleurs la nuit tombe très rapidement, et nous retournons vers la voiture, à la fois ravis et confus de notre visite exprès.

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Enfin fini avec les mariages ?

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Il est vrai que cela commence à faire beaucoup : outre le mariage de Mariem, depuis dix jours nous profitons largement de ceux de Ksibat, et des convois de voitures circulant en warning dans les rues, déjà passablement obstruées à l'état normal.

Ce soir c'est notre tour : nous rejoignons la mariée dans l'appartement de sa mère, attendons que le marié vienne la chercher, et partons tous ensemble en convoi clignotant et klaxonnant vers la fête, qui se déroule dans un hôtel.

Nous attendrons deux heures dans l'appartement que le marié se présente. C'est long mais cela nous permet d'être avec la proche famille dans un cadre plus intime, et de continuer à échanger avec nos hôtes si accueillants. Nous prenons des photos plus facilement des toilettes très différentes que ces dames ont revêtues pour l'occasion. Cela va de la robe brodée et garnie de voiles (en vert Leïla, la maman de Mariem) à la mini jupe à paillettes flashy.




Les femmes continuent à beaucoup s'occuper de la mariée et l'éventent tout en échangeant des plaisanteries. C'est ce soir que Mariem est la plus belle à mon avis.


Pendant ce temps plusieurs hommes discutent politique avec Kaïs le polytechnicien. Enfin il y a surtout lui qui parle, en arabe parsemé de mots de français. J'entends par exemple "génération sacrifiée", mais impossible de savoir s'il s'agit de la France ou de la Tunisie. J'aimerais bien écouter ce qu'il dit mais finalement je préfère rester en compagnie des femmes et prendre d'autres photos (ici Taos).

Finalement Hamza arrive, avec le caméraman et le photographe, et vient se mettre à côté de Mariem. Ils boivent un jus d'orgeat qu'ils finissent par échanger, puis nous partons tous en convoi vers l'hôtel.


Là, dans une immense salle des fêtes, nous retrouvons les autres invités assis autour de grandes tables rondes, devant une scène tendue de voiles blancs. Il est 23h. Mariem et Hamza vont s'asseoir sur un canapé théâtral installé sur l'estrade, et l'orchestre commence à jouer extrêmement fort.


Les invités vont féliciter les mariés par petits groupes, pendant que d'autres dansent. On nous sert des jus de fruits et quelques petits gâteaux tunisiens.

Puis vers minuit nous chantons joyeux anniversaire à Mariem dans quatre langues (arabe, français, anglais et allemand). Anouk monte sur l'estrade pour lui remettre nos cadeaux (dont une chemise de nuit affriolante qui ne sera heureusement pas déballée) et les dessins qu'elle a faits pour eux.

Au bout de quelques temps nous battons retraite devant la salle pour préserver nos oreilles, et nous plaisantons un peu avec nos nouveaux amis. Tout se finit assez rapidement, et vers 1h du matin nous commençons le périlleux retour de nuit de Kairouan vers Sousse.

Cette fois nous auront droit à un camion sans feux arrières, en plus de l'habituelle motocyclette surchargée et non éclairée. Heureusement nous avons conservé le nez développé en Roumanie et les détectons assez tôt à l'odeur.

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vendredi 15 août 2014

Du caractère dionysiaque de la révolution

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Précisons-le tout de suite les excès dionysiaques n'ont pas cours ici, au contraire. La victoire d'Ennahdha aux premières élections a même fait redécouvrir la piété ou ses apparences à beaucoup de Tunisiens. On voit le voisin aller à la mosquée alors qu'il y a quelques années il fréquentait surtout les cafés à l'heure de la prière. La cousine ne quitte plus son hijab alors qu'auparavant on la voyait toujours cheveux au vent.

Mais ces mesures de précaution vont de pair avec un relâchement important de la vie en société. Selon plusieurs de nos interlocuteurs, la révolution aurait aussi décomplexé beaucoup de Tunisiens. C'est par l'anomie, cet effondrement des normes, que l'on retrouve Dionysos.

C'est ainsi que pour l'environnement, dont les politiciens ont baptisé beaucoup de boulevards, faute de véritablement agir, il nous a été souvent dit, quand nous nous étonnions du vagabondage des détritus, y compris dans les sites très touristiques comme Sidi bou Saïd : "Ah mais avant la révolution ce n'était pas comme cela". D'abord par ce que les Tunisiens ne recherchent même plus la poubelle. Ensuite par ce que les services publics seraient moins performants, et que toutes les petites mains de proximité, auparavant rétribuées pour espionner les voisins par un État policier, ne seraient plus payées.

La révolution a quand même le dos un peu large. Houcem a lui indiqué que le problème était culturel : "Tu roules dans ta voiture et tu as fini ta bouteille de soda ? Mais jette-là par la fenêtre !" (Et nous avons vu des voyageurs le faire) Pour lui ce n'est même pas un problème de traitement des déchets, il y a des infrastructures. Les Marocains ayant exactement le même problème, l'aspect culturel est certainement dominant. Il s'agit là d'un enjeu lourd pour les générations à venir.

Pour revenir à la révolution, celle-ci expliquerait aussi l'aggravation du comportement des Tunisiens sur la route et l'emballement des constructions sauvages. Sur un terrain que Leïla et Zoubeir possèdent près de Bizerte, un voisin, juge de profession, a ainsi construit, sans s'embarrasser le moins du monde de vérifications ni de règlements.

Il en va ainsi de la révolution tunisienne : celle-ci prend la voie de l'anomie dionysiaque, la démocratie est assimilée à l'anarchie, et certains se demandent déjà comment le pays va s'en sortir sans régime fort, capable de faire respecter les lois.


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Zoubeir nous convainc des avantages du bakchich à Sidi bou Saïd

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Afin de changer un peu et d'éviter les plages à touristes des environs de Sousse nous allons à Tunis aujourd'hui. Cela nous fait quatre heures de route, mais l'accueil de Leïla et Zoubeir en vaut la peine.

Après un très agréable déjeuner passé avec eux dans leur villa, nous allons découvrir avec eux la Goulette et les ports puniques (un bassin à deux entrées cachées creusé par les Phéniciens lors de la création du comptoir de Carthage) et retournons au pittoresque village de Sidi bou Saïd dont nous avions oublié le caractère très touristique.

Zoubeir fait ouvrir pour nous le jardin de la villa du baron Erlanger, en soudoyant le gardien qui nous laisse dix minutes pour prendre quelques photos.

Puis après quelques visites d'hôtels de charme sous prétexte de chercher une chambre pour plus tard, nous arrivons au café emblématique du village, très connu pour sa construction en terrasses et sa vue sur la mer.




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La poésie du sac plastique en fin de journée

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Rien de tel qu'un éclairage un peu oblique pour révéler contrastes et reliefs. La lumière devient plus douce, caressante, veloutée.

C'est dans cette lumière que se révèlent le mieux les champs d'oliviers. Les arbres s'y épanouissent en largeur, tâches vert sombre sur la terre orange finement peignée par des cultivateurs attentifs, qui s'arrangent des ponctuations vertes, roses, ou grises que les sacs plastiques transportés par le vent font sur le paysage.

Certains sont accrochés sur les troncs ou les branches basses, beaucoup préfèrent s'agrafer sur les épines des figuiers de barbarie plantés en bordure des parcelles, d'autres encore flottent librement sur le sol poussés par le vent, en quête d'une étreinte, tels des méduses terrestres placides et mélancoliques.

La lumière de la fin du jour révèle ce ballet chatoyant, qui anime d'une trace de chimie organique le vert immobile de la végétation. A contre-jour, on dirait une parure sertie de pierres précieuses.

Les champs de blé entre M'Saken et Kairouan offrent également un merveilleux spectacle grâce à ces petits bijoux fragiles, qui s'accrochent sur les tiges laissées par la moissonneuse, selon des motifs aléatoires mais toujours gracieux.

Le sac plastique moyen mettant 400 ans à se désagréger, nous sommes non seulement sûrs de conserver longtemps ce miracle fusionnel entre l'homme et la nature, mais en plus de le retrouver plus fourni et plus beau à chaque voyage.

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jeudi 14 août 2014

Départ sans retour pour les étudiants tunisiens ?

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Nous discutons avec plusieurs jeunes Tunisiens émigrés tels que Taos (fille de Kaïs, le polytechnicien) ou Sofiène (fils de Leïla et Zoubeir), ainsi qu'avec leurs parents, de l'avenir que la Tunisie offre à ses jeunes.

Nous avons là affaire à des enfants de la bourgeoisie qui après des études supérieures en Tunisie ont pu partir en France, en Allemagne ou au Canada acquérir des diplômes de 3ème cycle qui leur ouvrent les portes d'une carrière internationale. C'est une minorité.

Taos est diplômée de l'ESCP et a accumulé plusieurs expériences dans le financement de projets. Le fils aîné de Zoubeir, après des études de mathématiques poussées à l'Université, travaille chez Pictet à Genève ; son épouse est rentrée chez Total après un cycle à l'IFP. Sofiène achève ses études d'ingénieur en Allemagne, où son père l'a envoyé alors qu'il ne parlait pas un mot d'allemand, dans le domaine des équipements de production d'électricité.

Tous ces jeunes Tunisiens ont parfaitement réussi et pour certains se sont établis dans un pays européen. Aucun ne projette de revenir immédiatement en Tunisie, s'il y a un retour un jour.

Kaïs explique que la Tunisie n'offre plus de perspectives de carrière suffisantes pour les jeunes diplômés. La Tunisie n'a plus la même croissance qu'avant et n'a pu développer de grandes entreprises, sauf dans le secteur public.

Les autorités politiques se méfiaient en effet de l 'émergence d'une caste d'entrepreneurs trop riches et indépendants, et se sont débrouillées pour entraver le développement des groupes les plus dynamiques. Le modèle de développement longtemps para-socialiste de la Tunisie ne laissait de toute façon pas énormément de place à l'initiative privée. Quand la Tunisie a connu des problèmes avec sa dette, le FMI a imposé une libéralisation de l'économie qui s'est notamment traduite par la suppression des quelques programmes de financement des entrepreneurs qui s'étaient malgré tout mis en place.

Selon Kaïs, la suppression des taxes à l'importation et à l'exportation imposé par l'Europe dans le cadre des échanges commerciaux nord-sud aurait asséché une partie des ressources de l'Etat, dont le financement repose essentiellement sur la fiscalité indirecte. Sa capacité à lancer de grands projets est donc fortement affaiblie.

Bref il y a beaucoup moins d'opportunités qu'avant, même pour des jeunes disposant de diplômes aussi prestigieux que Kaïs ou ses enfants.

Sa fille Taos complète en parlant de son aversion pour la corruption : travailler pour ou avec l'Etat implique d'arroser ceux qui le demandent, ou alors d'avoir le goût du placard. Ce n'est pas motivant.

Les compétences acquises par tous ces jeunes brillants et dynamiques ne profiteront donc pas à leur pays, du moins tout de suite. On peut comprendre de toute façon qu'ils souhaitent se construire une solide expérience avant de revenir plus tard, peut être, avec des capitaux et des projets.

Si beaucoup d'entre eux finissent leurs études en France, notre pays ne profite pas non plus de leurs compétences. Les immigrés même hyper-qualifiés y sont en effet victimes de discrimination (nous avons pu le constater avec Mariem et Hamza, qui ont eu d'immenses difficultés à y trouver des stages). Et la France n'a pas une image attractive, c'est le moins que l'on puisse dire. Entre nos réflexes post-coloniaux, nos 30 années de crise économique, l'illisibilité de nos réformes et la montée du Front National, nous ne sommes absolument pas un modèle à suivre.

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La fête de Hamza

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Nous apprenons qu'il y a une quatrième date à ce mariage à rebondissements : la fête de Hamza. C'est une soirée officieuse aux invitations plus retreintes, qui réunit essentiellement la famille et les amis de Hamza, dans sa maison.

Mariem nous a laissé entendre que c'était assez débridé, surtout à Kairouan, et quand Hamza nous invite, nous acceptons immédiatement.

De toute façon c'est mariage soit à Kairouan, soit à Ksibat. Tous les soirs le festival continue à battre son plein dans notre village, et, pour les familles n'ayant pas une maison capable d'accueillir quelques centaines de personnes, les festivités ont lieu sur les places publiques. Ça tombe bien, on en a justement deux à côté de chez nous. Tant qu'à avoir de la musique bien fort, autant être au cœur de l'action.

La maison de Hamza située dans la ville nouvelle est très grande et joliment aménagée. Pour ceux qui disposent d'un emploi la Tunisie offre assurément  une qualité de vie exceptionnelle.

Ce soir là on mange et chacun se dépêche de finir ses deux assiettes avant de retrouver les musiciens dans la cour.

Il y a couscous et tajine, c'est royal. Sauf qu'en Tunisie le tajine n'est pas ce que vous croyez, mais une sorte de pain de thon avec beaucoup d’œufs. C'est frais et bon.

Bref nous profitons bien, puis nous allons dans la cour. La fête y bat déjà son plein. Mariem est là, elle est habillée plus simplement, et moins maquillée, cela va beaucoup mieux pour elle.

Le chanteur principal apostrophe régulièrement les mariés, il vante leurs qualités tout en improvisant sur la musique et en se déplaçant dans le groupe de danseurs. Il met une ambiance terrible, et les danseurs sont déchainés. Comme la piste est petite, chacun danse puis cède sa place en invitant une connaissance à se lever.

Beaucoup de femmes portent une tenue traditionnelle sophistiquée, et souvent le hijab, à côté d'autres vêtues à l'européenne. Cela ne les empêche pas de danser avec énergie. Certaines relèvent un peu le bas de leur robe pour danser plus commodément. L'une d'entre elles la remonte un peu trop haut et montre sa jambe et son jupon. Une de ses amies l'alerte en riant.

Mais ce sera bien le moment le plus débridé auquel nous assisterons lors de cette soirée animée.

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mercredi 13 août 2014

Une date importante dans l'histoire de la Tunisie

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Et oui c'est aujourd'hui l'anniversaire d'Anne !

Pour trouver son âge c'est simple, prenez la date du jour et multipliez là par un nombre entier strictement inférieur à 4.

En plus c'est aujourd'hui la fête de la femme tunisienne !

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La fête des femmes

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Mariem et Hamza ont accepté de faire un mariage traditionnel et ils en assument donc les conséquences parfois un peu pesantes, surtout pour Mariem.

La fête des femmes est un temps principalement consacré à l'exposition de la mariée : celle-ci est d'abord allée au hammam avec ses proches, a fait le henné, est abondamment maquillée et parée, et revêt normalement sept robes au cours de la soirée.

Mariem a réussi à limiter ses robes à trois ainsi qu'à éviter le henné. Elle est toutefois fortement maquillée et on sent qu'elle souffre dans la chaleur de la maison peu ventilée de la médina de Sousse. Les femmes viennent tour à tour la rafraîchir avec leur éventail ou lui tamponner délicatement le visage. Elle est essentiellement en représentation et au service des autres, qui l'entourent d'attentions et de youyous. Elle fait la fierté de sa grand-mère maternelle, une femme malicieuse qui grondera plus tard sa belle-fille Leïla : "Tu as vu comme tu as beaucoup parlé avec le roumi ? Tu profites de l'absence de ton mari ? Il le connaît au moins ? Tu es sûre ?". Le roumi c'est moi évidemment.


Mariem trône au milieu de sa famille et de sa belle-famille, qui restent séparées.

La photo ci-dessous donne une idée du décorum : Mariem y discute avec Taos (à droite) et Florence (à gauche).


Chacun vient ainsi échanger quelques mots avec la mariée et se faire tirer le portrait par le photographe. Celui-ci prend son boulot au sérieux et donne parfois l'impression de diriger toute la soirée.

Le mariage tunisien est un spectacle et beaucoup d'invités restent assis sur des chaises, regardent et papotent.


L'orchestre joue une musique sur-amplifiée et une partie des invités dansent : mères et filles, voilées ou non, toutes s'amusent bien et jouent des hanches, Mariem et Anne comprises.

Il y a essentiellement des femmes même si certains hommes parmi les plus proches sont aussi invités. Nous verrons même Hamza une partie de la soirée.

Nous découvrons qu'aucun repas n'est servi et nous nous jetons en conséquence sur les quelques gâteaux qui seront servis. Il fait toutefois tellement chaud que la faim nous incommode peu.

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mardi 12 août 2014

Conduire parmi les Tunisiens

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Le principe de base est de s'attendre à tout : on ne peut jamais être sûr de ce que va faire un Tunisien au volant tant sa créativité est grande.

Passe encore qu'il ignore l'usage du clignotant et se mette longtemps avant sur la voie de gauche (la vôtre théoriquement) quand il souhaite s'arrêter à un commerce.

On oubliera comme autant de banalités les dépassements sur ligne continue, en côte, dans un virage sans visibilité, parfois tout à la fois.  Dès lors que vous avez compris l'usage du frein et du bas côté, la route devient tout à fait assez large pour trois voitures de front, pas la peine de se formaliser pour si peu.

Ce qui vaut vraiment la peine c'est le raccourci que s'autorisent certains conducteurs dans les ronds-points : mais pourquoi donc faire 3/4 de tour, ce qui donne mal au cœur et fatigue les amortisseurs, alors qu'un quart de tour dans l'autre sens permet d'arriver au même résultat ? Non mais c'est vrai quoi ! Toutefois il faut bien reconnaître que les conducteurs assez émancipés pour assumer ce type de manœuvre sont malheureusement assez rares.

D'autant que le bas côté a aussi ses attraits, surtout quand il est vierge de sacs plastiques.





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Monastir et le mausolée de Bourguiba

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Venus à Monastir sur les conseils de l'une de ses habitantes, pour qui le souvenir de la ville incorpore à coup sûr la nostalgie des rencontres de sa jeunesse, nous sommes plutôt déçus par ce que nous découvrons.

Monastir s'est fait charcuter par Bourguiba, qui en est originaire, ainsi que par l'industrie touristique. Il n'y a plus vraiment de médina, et nous n'avons pas su découvrir les charmes de la ville moderne.

Nous croisons beaucoup de touristes en petite tenue dans les rues, dont quelques spécimens bien replets en bikini, qui exposent abondamment leur couleur de peau écarlate.

Nous observons les manœuvres d'approche du port par un promène-couillons grimé en bateau pirate. Nous en reverrons plusieurs à Sousse et Port El Kantaoui (une station banéaire en carton pâte située au nord).


Faisons preuve d'optimisme et considérons que ce travestissement renvoie à l'époque où l'économie de la Tunisie vivait surtout de la course, après que Barberousse eut transmis son expérience aux descendants des phéniciens. Les marins tunisiens arraisonnaient alors tout ce qui passait à leur portée.

Le bateau pirate est l'embarcation qui navigue le plus par ici, si on excepte les boat-people chargés de migrants clandestins qui s'échouent régulièrement sur l'île italienne de Lampedusa, à environ 60 miles des côtes tunisiennes, quand ils n'ont pas sombré avant.

Le bateau-pirate est amarré, le ribat a l'air factice et est de toute façon fermé pour travaux, les heures de visite des mosquées sont passées, il n'y a plus guère que le mausolée de Bourguiba pour nous occuper.


Celui-ci est situé en bordure du cimetière, qui donne lui-même sur la mer. Les cimetières musulmans sont marins dès qu'ils le peuvent, nous avions déjà remarqué cela à Rabat.

Sur les portes du mausolée est inscrit sur le vantail de droite : "Au grand leader, père de la nation, libérateur de la femme", d'après le guide qui nous fera visiter le bâtiment. Bourguiba a en effet fait adopter un code du statut personnel qui demeure toujours un des plus avancés du monde arabe.

Le mausolée a été en partie construit grâce aux dons en espèce ou en nature de plusieurs pays, dont l'Italie (pour le marbre) et le Maroc.



Personnellement je préfère le mausolée de Mohamed V et Hassan II à Rabat, mais chacun ses goûts.


Le mausolée abrite une petite collection d'objets personnels ainsi que des photos mettant en scène des rencontres avec d'autres leaders, dont une partie (Saddam, Mouammar...) a eu une fin moins enviable que Bourguiba, seulement victime d'un coup d'Etat médical par son premier ministre Ben Ali.

En attendant l'heure du train Anne achète des babouches pour Anouk à un jeune Tunisien entreprenant, pendant que je discute avec son collègue resté à l'ombre d'un mur.

Je lui demande comment vont les affaires et il fait une moue de dépit. Il m'explique que si les touristes sont revenus, "ce ne sont plus les mêmes races". Il y a moins de Français et d'Allemands, beaucoup de Russes et de Polonais. "Avec eux ce n'est pas la même chose. Ils ne sont pas agréables. On ne parle pas la langue, c'est dur pour faire des affaires, ils n'achètent pas beaucoup." Je m'étonne en évoquant la richesse des parvenus russes, mais il a un petit rire et s'exclame : "Les riches ils ne viennent pas en Tunisie, il y a beaucoup mieux pour eux ailleurs."

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lundi 11 août 2014

Le métro du Sahel

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Nous prenons le métro du Sahel pour aller à Monastir, afin d'éviter les pénibles embouteillages côtiers et découvrir l'un des investissements de l'ère Bourguiba.

C'est une sorte de train régional qui relie Sousse à Mahdia en passant par Monastir, ville d'origine de Bourguiba. La ligne est électrifiée et les rames sont toutes neuves et hyper-climatisées.

Nous prenons le métro près du port de Sousse. Les voyageurs attendent à l'ombre, là où il y a des sièges, et traversent les voies quand la rame arrive.


Personnellement j'aimerais bien avoir un train de banlieue comme celui-ci pour me rendre tous les jours de Paris à Pontoise. En tout cas il est assez fréquenté, mais tout le monde est assis. En période scolaire ses usagers comportent 60% d'élèves et d'étudiants, ce qui s'explique par ses tarifs raisonnables.

Le métro s'arrête un peu partout et klaxonne d'une façon modulée à chaque passage à niveau, ça nous amuse bien.



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Un petit déjeuner bien sympathique

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Nous avons enfin trouvé une boulangerie à Ksibat, qui fait des gâteaux. Comme nous ne sommes pas égoïstes, nous les partageons avec vous. Bon appétit !




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Une plage tranquille près de Mahdia

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Après El Jem nous décidons de tenter une nouvelle baignade en visant ce qui semble une plage privée, à l'écart des grands hôtels et du monde. Mais en fait il ne s'agit que d'un restaurant en terrasse sur les flots.


Nous y prenons un jus de fruit frais et le patron nous conseille de nous engager dans ce qui parait une zone à peine viabilisée derrière de hautes grilles, à environ 200m au nord.

Effectivement nous avons là une plage tranquille où les voisins les plus notables sont deux chevaux prenant le frais dans l'eau et quelques tunisiens pas tous habillés de pied en cap.

Nous nous jetons dans une eau bien chaude et dépourvue de piquant, un vrai délice.


Seule déconvenue, les grilles sont fermées quand nous tentons de partir. Nous avons à peine le temps d'imaginer la galère qui nous attend que le gardien est là pour les ouvrir. Il s'agit bien d'un terrain privé même s'il n'y a pas grand chose dessus.

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dimanche 10 août 2014

Dionysos, un dieu bien singulier

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El Jem est également doté d'un musée rempli de mosaïques, entre autres. La représentation de Dionysos (en haut) et de son compagnon Silène (en bas) y est un motif dominant.



Voici d'abord une nouvelle représentation du triomphe de Dionysos, un peu moins hiératique qu'à Sousse : on y voit notamment le satyre Silène totalement saoul se faire porter jusqu'à un âne censé lui permettre de participer au triomphe en dépit de son état. Toute mon estime à celui qui se rappelle encore le nom de l'accessoire équipé de pommes de pins explosives que tient Dionysos.


Silène a élevé Dionysos après la fin de sa gestation dans la cuisse de Zeus. Celui-ci avait eu un moment de faiblesse avec la mortelle Sémélé, et Hera l'ombrageuse s'était débrouillée pour éliminer sa rivale enceinte, faisant ainsi d'une pierre deux coups. Zeus se sentant responsable de ses actes pour une fois, il cousu le fœtus mort et le porta jusqu'à la fin de la gestation. C'est donc Dionysos qui sortit de la cuisse de Jupiter, et il est appelé "le deux fois né" pour cette raison. Silène lui a servi de père adoptif et de précepteur, le suivit partout et incarne l'ivresse.

Un immortel avec deux dates d'anniversaire dans le panthéon grec, voilà qui faisait mauvais genre, et Dionysos n'a jamais eu bonne presse, même si son culte est ancien et d'ailleurs mal compris. Pour aggraver son cas, Dionysos est un immigré, et viendrait probablement de Phrygie (Asie mineure). En plus, il ne respectait aucune règle et était imprévisible : un vrai agent du chaos, capable de cruauté, un "dieu fou".

Mais c'était aussi un dieu libérateur : il affranchit l’homme de ses fantasmes, de ses aliénations : il le fait par l’imagination, et l’inspiration.

Il délivre de l’insatisfaction de soi-même, des désirs cachés, des faiblesses inavouables, des virtualités, des regrets. Il donne la certitude de l'existence d'un au-delà.

Il a fait don à l’homme de deux remèdes : le théâtre et l’ivresse, ivresse de l’aventure, de l’amour, de la vie.

Très populaire dans la province africaine, il y était associé à la fécondité de la nature, et à la renaissance périodique de la végétation. Vue la sécheresse en plein été, on comprend mieux.

Adepte des excès en tout genre, sa lubricité et son absence de convention l'ont conduit à toutes sortes d'expériences inavouables. Les mosaïques préfèrent se concentrer sur ses débauches alcooliques avec Silène, mais nous avons quand même trouvé une petite sculpture en terre cuite montrant l'accouplement torride et très suggestif d'une femme avec un cheval (censuré par la rédaction).

Remerciements à Alice et au site http://philo-lettres.fr pour leurs lumières.

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L'amphithéâtre d'El Jem, vestige impressionnant de l'antiquité romaine

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La ville antique de Thysdrus (maintenant recouverte par El Jem) a abrité jusqu'à 40 000 habitants, deux fois plus qu'aujourd'hui, dans un environnement hostile (nappe phréatique profonde et salée, sol ingrat etc).

A part le fait d'être un carrefour, la ville n'avait donc pas grand chose pour générer la richesse investie dans les mosaïques, les villas de 1000 à 2000 m² et l'amphithéâtre que nous visitons. Construit vers 230 de notre ère, il pouvait accueillir 30 000 spectateurs, et servait aussi de collecteur d'eau.


L'amphithéâtre a survécu à peu près intact jusqu'au XVIIème, quand les maîtres ottomans lassés par les révoltes dont la ville s'est faite une spécialité au cours de l'histoire, décidèrent de tirer à coups de canon dessus pour empêcher les rebelles d'utiliser le grand bâtiment comme une forteresse.

Il en reste cependant assez pour imaginer cet amphithéâtre considéré comme le troisième de l'Empire, et les spectacles revigorants qui y avaient lieu : combats de gladiateurs, scènes de chasse, et occasionnellement supplices de chrétiens.


Je ne sais comment le palmipède ci-dessous s'est glissé dans le texte de ce message, mais sachez qu'il n'entretient aucun rapport avec les quelques brochettes que nous avons dévorées après la visite, en écoutant le restaurateur se plaindre de la grossièreté et de la pingrerie des touristes russes. Du coup il a offert deux petites roses des sables à Alice et Anouk.




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D'un mariage à l'autre

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Fethi nous a conviés aux festivités d'un mariage d'un cousin à Ksibat. Nous allons donc dîner avec lui dans la cour d'une grande maison près de la mosquée au bas de notre rue. C'est moins splendide mais meilleur que ce que nous avons eu à Kairouan. 400 personnes sont invitées et se relaient sans discontinuer aux tables disposées sans façon.

Fethi nous dit qu'il est chauffeur de taxi et a deux enfants dont un fils en France, sans papiers.

Nous partons vite pour laisser la place à d'autres, et Fethi nous propose de le rejoindre pour les chants et danses traditionnelles à un autre endroit du village, après la dernière prière.

Après avoir laissé les filles à la maison nous nous y rendons donc, et prenons place côte à côte à l'extrémité d'une rangée de chaises en plastique blanches, disposées de part et d'autre de l'orchestre traditionnel.

Nous nous apercevons peu après qu'hommes et femmes sont séparés, mais Anne ne souhaitant pas rejoindre les femmes d'où elle ne verrait pas grand chose compte tenu de l'affluence, nous demeurons là, et personne ne nous dit rien. Il y a pourtant un service d'ordre informel prompt à recadrer ceux qui sortent du rang, ainsi que nous le constaterons pendant la danse des hommes.

D'ailleurs la séparation des sexes n'empêche pas certaines femmes de se mettre en valeur, même si la plupart portent le hijab.

Après une pause, l'orchestre reprend sur une pulsation différente, tandis que des djellabas écrues sont distribuées aux hommes qui en demandent. Ceux qui sont déjà habillés commencent à danser sur une ligne face à l'orchestre. Beaucoup d'hommes, jeunes et vieux, les rejoignent progressivement, et ils sont bientôt une cinquantaine sur la ligne à lever les genoux et les bras en cadence, guidés par quelques danseurs confirmés veillant à la bonne uniformité du mouvement.

Les hommes ne se tiennent pas la main mais se soutiennent légèrement les poignets. Leur ample robe donne à leur mouvement un aspect ondulatoire, qui va bien avec la musique et la mélopée lancinantes, le tout durant sans doute une demi-heure.

Bientôt les visages se couvrent de sueur et nous avons l'impression que certains sont en transe.

Pourtant un homme vient périodiquement tirer des fusées tenues à main au dessus de la foule. Elles font un bruit assourdissant en éclatant.

Deux membres de l'orchestre s'avancent devant les danseurs avec de grands tambours portés en bandoulière et tournoient sur eux-mêmes de longues minutes en frappant la peau préalablement chauffée auprès d'un brasero.

Les mêmes reviendront peu après pour recommencer leur manège en tenant cette fois des étendards rouge et vert, sans perdre pour autant leur équilibre.

La danse continue encore puis tout s'arrête brusquement. Il n'y a pas d'applaudissements, et les danseurs se dispersent tranquillement après avoir rendu leur djellaba.

Nous rentrons, mais constatons bientôt que d'autres mariages ont cours, dont un près de chez nous. Heureusement ils ne se terminent pas très tard. En pratique, tous les soirs ce seront plusieurs mariages dont nous reconnaitrons les signes caractéristiques. On se marie beaucoup à Ksibat cet été.

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samedi 9 août 2014

Sousse et Hergla

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La médina de Sousse est très agréable et paisible pourvu qu'on évite sa partie basse intégralement consacrée aux touristes. Plus à l'ouest, il n'y a plus grand monde pour arpenter les rues, à part quelques chats trop maigres pour être honnêtes.


Nous visitons d'abord Dar Essid, la maison traditionnelle d'un riche aristocrate. Il y a là dedans un incroyable bric à brac accumulé sur plusieurs siècles, et une belle vue sur la médina. Le maître de maison avait droit à une couche trois fois plus large que chacune de ses épouses : cet homme là savait vivre.

Puis nous nous dirigeons vers le ribat, un monastère militaire dont le conquérant arabe a parsemé la côte à partir du VIIIème siècle, afin de se prémunir des raids maritimes des chrétiens.


Le bâtiment a bénéficié d'une reconstruction mais demeure émouvant à visiter, surtout dans la chaleur de la mi-journée.


Nous décidons pour finir de tenter de trouver un lieu de baignade un peu plus préservé de l'industrie touristique près d'Hergla, un village de pêcheurs équipé d'un petit port. Mais notre progression est tellement lente sur la route de la côté presque entièrement bétonnée, que nous devrons nous contenter d'une promenade et de quelques photos, afin de pouvoir honorer l'invitation qui nous a été faite pour ce soir.




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